Etienne Chouard : Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie


Étienne Chouard – Conférence: Le tirage au sort… par culture-libre

Ce qui suit reprend les propos d’Etienne Chouard, le 23 avril 2011. Il a pris de nombreuses positions et on peut trouver des articles complémentaires via Wikipedia, Rue89 mais aussi directement depuis son site.
L’intérêt de ce discours repose sur le fait de nous faire réfléchir sur la démocratie, en faisant un parallèle avec la société athénienne, de se rendre compte que notre système ne fonctionne pas comme tel et de proposer une solution alternative.
Pour tous ceux qui sont sceptiques ou les plus réfractaires, passez directement à la partie Objections et réfutations sur le tirage au sort mais l’intérêt réside dans comprendre comment ce mécanisme est possible et comment on arrive à ce constat.

A propos

Notre impuissance politique est due au mécanisme au cœur des institutions, c’est à dire les élections. Depuis toujours la démocratie débouche sur l’oligarchie, le pouvoir de quelques uns.
La cause n’est pas le vice de ceux qui nous gouvernent, le problème c’est les institutions. En effet il est un peu étrange que des gens de gauche comme de droite, des multinationales et des banques défendent tous les élections alors qu’ils ont tous des intérêts si différents.

La conception de nos institutions date de la fin du 18ème siècle (Angleterre, États Unis, France). Ses fondateurs ont choisi un gouvernement représentatif et non pas une démocratie. Mais au début du 19ème siècle, de nombreux auteurs comme Tocqueville ont appelé ces systèmes démocratie car de nombreux points communs comme l’égalité. Mais la différence avec Athènes et notre société est qu’à l’époque c’était une égalité politique réelle alors que de nos jours c’est une égalité politique formelle.

Tocqueville, icône du libéralisme, disait qu’il ne craignait pas le suffrage universel car les gens voteront comme on leur dira. Le terme de démocratie les arrange car pas de changement mais il donne l’illusion que le peuple est au pouvoir.

De la définition de la démocratie

Le coeur de la démocratie

Pour voir ce qui est transposable aujourd’hui et on va chercher à comprendre le cœur de la démocratie athénienne. Les Athéniens, après la tyrannie ont un objectif central, l’égalité politique réelle ( ils ont conscience qu’on ne peut pas être égaux ni au plan social, ni physique, ni économique ). A l’Assemblée du peuple, un homme est égal à une voix.
Constat des Athéniens : le pouvoir corrompt, même les plus vertueux avec le temps poursuivent un intérêt personnel et plus général. Prenant acte de tout cela, les Athéniens définissent des sous objectifs. L’amateurisme politique, refus du professionnalisme car c’est le cœur de la corruption.
La rotation des charges, le pouvoir corrompt donc le pouvoir tourne. Un mandat est sur une période courte et non renouvelable.
Ces deux sous objectifs vont ensemble : ce sont des amateurs donc le pouvoir tourne, et le pouvoir tourne donc ce sont des amateurs.
Il faut empêcher la formation de professionnels, d’une caste politique car il n’y a plus d’égalité politique. L’élection entraîne une professionnalisation du corps politique et après ce sont les même réélus.
Donc en découle une procédure centrale qui est le tirage au sort pour les charges officielles, pour des mandats courts et non renouvelables, ce qui n’est pas possible avec les élections.

Mirabeau disait que l’homme est comme le lapin, il s’attrape par les oreilles, c’est à dire on fait croire à une majorité au mythe de le démocratie.

La surveillance

Les Athéniens avaient conscience des défauts de l’homme donc chaque citoyen pouvait être une sentinelle, puisse dénoncer et garder la vie sauve, institution Iségoria, droit de parole à tous. Chacun à l’Assemblée peut prendre parole et donner l’alerte.
Ce droit de parole rendait les citoyens actifs car changement de rapport à la politique, le fait qu’un jour on puisse être le porte parole du groupe.

Peur du tirage au sort mais le tirage au sort ne concerne pas celui qui décide car c’est l’Assemblée qui décide. La démocratie c’est autre chose que notre système actuelle. Des points communs mais l’équilibre des institutions change complètement.

Le tirage au sort engendre la désynchronisation entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Les riches de l’époque, les métèques, faisaient des affaires mais sans aucun pouvoir politique.

L’idée n’est pas de vivre comme les Athéniens mais leur façon de fonctionner est un germe pour une démocratie transposable de nos jours.

Qui dirige avec les élections ? Même lorsqu’il est issu d’un milieu modeste, pression du povoir économique. Lorsque Léon Blum désigne son ministre des finances, Vincent Auriol, ce dernier avant de prendre ses fonctions et d’accepter son portefeuille, va voir le patron de la banque de France pour garantir de ne pas augmenter les salaires.

Pas une alternative pour tout de suite, il faut que cette idée se diffuse, arrêter de croire au mythe et regarder vraiment les faits.

Des institutions pour contrôler le tirage au sort

Mais avec le tirage au sort, on redoute le tiré au sort, les Athéniens avaient aussi peur ils mirent en place une série d’institutions protectrices supplémentaires, des contrôles sont faits avant, pendant et après le mandat.
Les tirés au sort avaient une responsabilité, ce n’est pas le cas des élus.

Montesquieu disait que le tirage au sort n’était pas parfait mais que les institutions complémentaires venaient corriger ses défauts.

Avant :

Docimasie, sorte d’examen de compétences afin de s’assurer du bon sens du représentant selon une liste d’aptitudes.
Ostracisme, procédure lancée par l’Assemblée sur demande contre un tribun trop influent, trop éloquent … mis à l’écart de la vie politique pendant 10 ans.

Durant :

Révocabilité, si un tiré au sort commence à défaillir, l’Assemblée peut à tout moment le révoquer.

A la fin :

Reddition des comptes, des tirés au sort contrôlé le tiré au sort pour comprendre et justifier ses choix. Suivi éventuellement de récompenses, des honneurs, ou de punitions.

Et aussi après possibilité de mise en accusation publique.

Objections et réfutations

« On va mettre des affreux aux manettes ». Non, le tiré au sort n’est pas aux manettes car il est le représentant du peuple, il fait tout ce que l’Assemblée ne peut pas faire. Sans oublier la série de filtres des institutions.

« Un régime qui marchait à petite échelle mais pas aujourd’hui ». Non car déjà le système des élections fait le pari qu’on connaît les gens pour qui on vote, et aussi ce qu’ils font pendant leur mandat. Ce n’est pas le cas. Les élections seraient plus adaptés à petite échelle.

« Avec le tirage au sort, on change d’avis tous les jours, comment avoir une politique de long terme ? » Ce ne sont pas les tirés au sort qui décident mais l’Assemblée.

« Désignation d’incompétents ». Les élus ne sont pas compétents dans tous les domaines, voir les choix désastreux en matière de nucléaire, peut on parler de compétences ?
Ensuite les tirés au sort fonctionnent en concertation, ils savent qu’ils ne savent pas et donc ils s’investissent dans la compréhension du problème. Pas de pression liée à la réélection. C’est son travail qui le rend compétent.

« Modèle athénien était une oligarchie, xénophobe et esclavagiste ». C’est un anachronisme de juger la société athénienne avec nos valeurs. L’esclavagisme était une pratique répandue à l’époque. C’est une critique qui mélange tout. Si la société athénienne était basée sur l’esclavagisme, on peut recourir aux machines ou à une organisation différente du travail.
C’est une critique venant d’élus et de sponsors d’élus, et en se débarrassant des gros parasites qui prélèvent des millions, les richesses seraient mieux répartis.

Comment le tirage au sort protège mieux contre les abus de pouvoir en entraîne la désynchronisation entre pouvoir politique et pouvoir économique ? alors que les élections rendent possible les abus de pouvoir ?

L’élection repose sur un mythe. Nous sommes capables de choisir de bons maîtres. L’expérience nous montre que les élections mettent au pouvoir les plus riches ou les candidats des plus riches. Une opinion orientée grâce aux médias, avec des techniques de manipulation et des sondages.
Si la démocratie voit le jour, c’est la fin des oligarques.
Avec une séparation bien distincte des pouvoirs. Un parlement qui écrit les lois mais qui ne les exécute pas. Un pouvoir exécutif qui les applique mais qui ne les écrit pas. Et un pouvoir juge qui les regarde, sanctionne si besoin et qui règle les litiges. Et non un cumul plusieurs mandats.
Il faudrait mettre les médias sous contrôle démocratique et prévoir une solution bancaire.
Toutes ces idées permettraient de mettre en forme une vraie démocratie.

Les propos d’Etienne Chouard ont le mérite de nous faire réfléchir sur notre système et de mettre en avant une réflexion pour une vie politique citoyenne réelle, où les choix pris sont des choix d’un peuple et non d’une élite, ou le tirage au sort permettrait la multiplicité des choix et non d’être figé dans tel ou tel clivage, supporté et mené par une élite. Le tirage au sort est une solution durable pour permettre au citoyen de redevenir actif, mais aussi pour arrêter de subir crise et mauvais choix en ayant rien à dire à part à chaque élection, ce qui est bien certes un progrès face à d’autres régimes, mais qui pourrait être encore amélioré.

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